Galerie

Les lunes du Nord

De part et d’autre du centre du hameau, deux pingos se dressent en une large base. D’une vue à travers les airs, on les prendrait volontiers pour une poitrine bien ferme.

Ici, les avions décollent dans le décolleté de la nuit.

En se rapprochant d’un peu plus près, leur dôme, étrangement, font allusion au dos de deux baleines – face à face – qui se seraient échouées lors d’un raz de marée.

Par un matin glacial, lorsque la nuit vient à mourir, une aube se pointe vers l’Est. Alors il faut gravir le long des pentes d’un des pingos – de la même manière qu’il faut grimper des seins enneigés ou des dômes de baleines – pour jouir d’une vue imprenable.

Là, la nuit se dépeint mais les dernières constellations laissent leurs empreintes sur le plafond d’une clarté intense. Là, en direction de Jérusalem, l’aube éclate en un dégradé de couleurs – aussi propre que dans les rêves polaires – qui nous laisse juste pantois – là, juste au-dessus du DEW line bulbeux. Puis, en se retournant vers l’Ouest en suivant des yeux le Sud, la vue chute vers le sommet de l’autre pingo qui nous fait face. Là, en contrebas, le début de la route gelée qui part ensuite en un dédale de virages avant de filer en une flèche en plein sur l’océan. Là, en pleine face du jour naissant, une lune intensément orange, grosse comme un bœuf, s’épure comme suspendue au-dessus des habitations. Là, elle donnerait une sacrée claque, juste d’un clignement d’œil, à celui qui aurait osé gravir le sommet de cette drôle de colline sous le vent perçant et à qui dont ses mains sont passés à deux doigts de la gelure à vouloir à tout prix emprisonner cet instant indescriptible dans la chambre noire, alors que le bus de l’école passait à ce moment juste en bas de la pente.

Ici, les lunes du Nord ne se domptent pas si aisément.

DSC00517 DSC00516

Galerie

Vision polaire

Par la fenêtre, ma vision
se porte sur l’étendue
blanche à l’immaculée
qui s’étire et on ne saurait
deviner les limites,
là-bas, au-delà de
l’horizon, mélangé par un ciel
tout aussi blanc par
le brouillard.
La mer, le port, les lacs
et étangs pris sous
la glace et sous un manteau neigeux,
se confondent aux lands. Seules
les pingos, ces collines de
glace qui gonflent pendant
l’hiver, nous permettent
de mieux apprécier les contours
et donnent du relief à l’œil
ainsi amusé.
Le village fut établi en une
forme d’étoile dont les branches
sont séparées par la mer
et les étangs. Ceci permet
alors un transport plus aisé.
On gagne ainsi du temps en
traversant le port pour regagner
le magasin à tous-faire.
Minutieusement, je suis la
marche solitaire de trois personnes
qui venant d’endroit différents
fuient vers la même adresse.
On les prendrait volontiers
pour des Moïses d’une autre contrée.
Rapidement, je suis les courses
incessantes des skidoos
qui vont et viennent
à fière allure
dans des directions
toutes aussi fuyantes.
Par la fenêtre, ma vision
se perd dans un blanc de chaux
car l’œil se méconnaît dans cet univers.

Galerie

Gingerbread Man

Sous les étoiles

de ce ciel polaire,

clair et luisant

d’une nappe profonde

et séduisante,

que l’on imaginerait

toucher du bout

des doigts,

les pingos se dressent

par une Lune envoûtante,

aussi près de l’horizon

comme si elle venait

de se lever avec douceur,

que si l’on courrait

dans sa direction,

dans la portée de

son aura orangée,

on en viendrait

à la soulever

de son attraction

comme un trophée

que l’on rapporte

à la maison,

triomphant,

au-dessus de la tête,

pour le compte

de sa dulcinée.

 

C’est ce que fit le géant

lorsque les pingos se furent

levés et que leur tête prenaient

une forme rebondie. Alors,

le géant pouvait à présent

sauter de tête en tête,

l’une le propulsant vers l’autre,

de plus en plus vite, de plus

en plus loin, toujours dans

la direction de la Lune qui,

de sa couleur, l’enveloppait

dans une couche d’amertume

à l’orangée. C’est lorsque le géant

ne fut plus qu’à quelque distance d’elle,

qu’un simple saut maintenant

les séparait de lui à elle,

qu’il pouvait enfin sentir son aura

comme jamais

et qu’il était persuadé de la décrocher

pour sa dulcinée d’un éclair fulgurant.

Même le bonheur à cet instant

se lisait sur son visage triomphant.

Mais, alors, par un coup du sort,

l’envoûtement de la Lune prit en

grippe le géant et le pétrifia,

instantanément, quand ce dernier

se trouva les bras en croix et

les jambes suspendues

au-dessus du vide.

 

Une saveur sucrée, épicée

et mielleuse se dégagea

du cadavre du géant

devenu roux par la

Lune de son aura

 

Et, depuis,

il se consomme

dans la tradition

du géant qui se

nomma

Gingerbread Man.