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Et c’est reparti …

           C’est un matin comme un autre. La lune est orange. Le ciel, clair, est parsemé d’étoiles. Le silence s’est réparti, omniprésent, sur le village. De temps à autre, le camion d’approvisionnement d’eau le dechire d’un tumulte grondant. Les cheminées des demeures crachent leur fumée qui, au contact de l’air, s’éternise, et devient propre au paysage. Et comme tout autre matin, de vent, il n’y en a point. L’exception faite serait alors que nous sommes samedi et qu’en ce samedi matin, levés plus tôt que l’aube, nous attendons depuis près d’une heure la venue du loueur de trucks. Ce dernier devait se montrer vers 9h ; il ne viendra qu’une heure et demi plus tard. On nous avait pourtant avertis qu’il était d’humeur à festoyer en fin de semaine. Peu importe, le voilà qui arrive, la main sur le klaxon à réveiller tout le voisinage. En entrant dans le truck, une vieille odeur d’herbe folle m’accueille, servie par un sourire fantaisiste imprimé sur le visage du conducteur ; ce en quoi on ne saurait dire si ce dernier était encore endormi, ou bien, perché. Il me laisse le volant avec, pour combler le tout, la moitié du réservoir plein. Dans ces cas-là, il faut savoir rester positif, surtout lorsqu’on entreprend un trip sur la route gelée d’un peu plus de deux heures sans aucune station service en chemin, bien évidemment. Sans vous parler des conditions pour les moins inhospitalières qui règnent dans ces lieux. Bref, nous avons peu de temps devant nous. Pas même assez d’attendre que le magasin ouvre ses portes pour faire le plein. Nous partons. L’avantage est que le jour pointe le bout de son nez dans un décolleté à la fois tendre et craquant. La route nous semblera moins floue. L’oeil rivé sur le compteur d’essence, je n’accélère que prudemment, laissant le truck se lancer sur la glace. Je ne tiens pas en place devant l’aiguille de la jauge qui descend en flèche. Ma pensée ne se résume qu’à une seule chose. « Comment faire pour parcourir toute la distance avec seulement la moitié du plein ? » Dans une lueur de panique, je suis prêt à faire demi-tour, mais, au bout d’un quart d’heure, une espèce d’espoir naît en moi lorsque j’aperçois au loin Tununuk Point. Ça y est, la moitié du périple est accomplit et encore un bon quart dans le réservoir. Quant à l’aiguille du compteur d’essence, elle s’est stabilisée nous offrant une pleine assurance. Autour de nous, les paysages semblent ne varier que de peu, ou est-ce une illusion familière lié au blase du déjà vu. Cependant, il semblerait que la route nous dévoile ses secrets à force d’y passer et d’y repasser. On surprend un renard courir après je-ne-sais-quoi sur le rebord de la berge. Son corps roux se termine en une large et épaisse queue fourrée. En bordure de route, on nous indique les points kilométriques. 45 km. 40 km. 35 km. 25 etc… Après une longue ligne droite, nous passons devant l’embranchement pour Aklavik puis, une série de virages nous amenent dans le port d’Inuvik avec le profil de la ville en fond, sans vous parler des cheminées municipales qui crachent leur fumée dont celle-ci s’éternise en un véritable bulbe dans le bleu polaire du jour naissant.

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             Une fois les deux trucks loués et chargés d’ordinateurs, de meubles et de fourniture, nous repartons avec la DRH et l’informaticien. Direction Tuktoyaktuk. Cette fois, je serais au volant. Ma première sur la Mackenzie Delta Ice-road reliant Inuvik et Tuk. L’opportunité, pour moi, de m’exercer à conduire sur la glace, mais sans faire patiner l’engin. La DRH se trouve à mes côtés. Il est 2h de l’après-midi lorsque nous partons, il fait encore jour mais pas pour longtemps. Nous retrouverons le coucher de soleil d’ici peu sur la route, à travers le rétro. Nous suivons l’informaticien à bonne distance puisque un voile de poudreuse soulevé en son derrière nous bouche la vue. La route ne donne pas l’impression, à proprement parler, de se trouver sur de la glace. Et encore moins au-dessus de l’eau … glaciale. Une bonne couche de neige tassée a été laissée par les agents d’entretien. Cela ressemble bien plus à une route dans un décor finlandais. Excepté que les berges, de part et d’autre du canal du Mackenzie, nous dominent de quelque hauteur. Dans la même mesure, le tracé peut  dessiner de temps à autre de longs et larges coudes, des virages à l’équerre dont il faut négocier, et aussi de longues et paisibles portions droites. Quoi que paisible ! A peine dépassé le km 45, la route plutôt lisse jusque-là se métamorphose en un terrain accidenté avec ornières et soubresauts multiples. L’engin valdingue dans tous les sens. Il nous faut tour à tour nous accrocher in extremis. Heureusement, le pick up de l’informaticien devançant nous prévient des endroits où freiner d’urgence au supplice de se ramollir dans un trou. Passé cette étape d’un peu plus de 50 kms, nous retrouvons une route lisse, sans neige tassé. Juste de la glace. Tel un vrai billard. Le truck peut reprendre sa vitesse de croisière et faire cracher cette poussière blanche sur des mètres comme une comète et sa chevelure radieuse. Bientôt, on voit surgir les pingos s’élever sur l’horizon comme une armée invincible et statique. Leur forme pourrait s’y méprendre ; certains mamelons arborent une semblable dimension. Ce sont des monts qu’il est bon de se blottir. A l’opposé, Bar-C, Swimming Point, jalonnent la route avec ses cuves et ses bâtiments en Algeco. Anciens points de ravitaillement durant l’exploration pétrolière, les déchets laissés persistent à travers les décennies comme des fantômes d’outre-tombe dont on n’a pas oublié. Les derniers rayons du soleil nous projettent de vagues lueurs d’espoir et c’est dans la pénombre que nous apercevons au loin les points lumineux et diffus que nous renseigne le hameau de Tuktoyatuk. L’Ice-Road se termine en une succession de virages doublés à l’équerre avant d’atteindre les rues froides mais, bientôt, le logis habité d’un doux réconfort se trouve à portée de main.