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Les lunes du Nord

De part et d’autre du centre du hameau, deux pingos se dressent en une large base. D’une vue à travers les airs, on les prendrait volontiers pour une poitrine bien ferme.

Ici, les avions décollent dans le décolleté de la nuit.

En se rapprochant d’un peu plus près, leur dôme, étrangement, font allusion au dos de deux baleines – face à face – qui se seraient échouées lors d’un raz de marée.

Par un matin glacial, lorsque la nuit vient à mourir, une aube se pointe vers l’Est. Alors il faut gravir le long des pentes d’un des pingos – de la même manière qu’il faut grimper des seins enneigés ou des dômes de baleines – pour jouir d’une vue imprenable.

Là, la nuit se dépeint mais les dernières constellations laissent leurs empreintes sur le plafond d’une clarté intense. Là, en direction de Jérusalem, l’aube éclate en un dégradé de couleurs – aussi propre que dans les rêves polaires – qui nous laisse juste pantois – là, juste au-dessus du DEW line bulbeux. Puis, en se retournant vers l’Ouest en suivant des yeux le Sud, la vue chute vers le sommet de l’autre pingo qui nous fait face. Là, en contrebas, le début de la route gelée qui part ensuite en un dédale de virages avant de filer en une flèche en plein sur l’océan. Là, en pleine face du jour naissant, une lune intensément orange, grosse comme un bœuf, s’épure comme suspendue au-dessus des habitations. Là, elle donnerait une sacrée claque, juste d’un clignement d’œil, à celui qui aurait osé gravir le sommet de cette drôle de colline sous le vent perçant et à qui dont ses mains sont passés à deux doigts de la gelure à vouloir à tout prix emprisonner cet instant indescriptible dans la chambre noire, alors que le bus de l’école passait à ce moment juste en bas de la pente.

Ici, les lunes du Nord ne se domptent pas si aisément.

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